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" Quand le soleil s'éclipse, on en voit la grandeur. " Cf. Sénèque
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26.08.2007
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Courir

Posté le 03.02.2008 par orange


Courir, il faut que je coure. Courir... lorsque le temps nous laisse seulement de tous petits instants pour le rattraper. Courir après le temps, comme courir après sa vie, courir tout le temps, et y laisser passer sa vie... Courir essouffler pour se rendre compte que cela est inutile, qu’on sera en retard quoi qu’il arrive. Comme lorsque l’on attend que la porte du métro s’ouvre pour sauter sur le quai alors que le métro en encore en marche. Comme lorsque l’on attend que la sonnerie retentisse pour aussitôt se précipiter dans les couloirs pour arriver à temps à son rendez-vous. Comme lorsque l’on est dans le train, que l’on le supplie pour qu’il aille plus vite, mais impuissant, on attend. Comme lorsque l’on court dans les rues de Paris, que l’on saute par-dessus les marches infinissables, que l’on traverse sans jamais vérifier avant, que l’on s’excuse à chaque passants poussés, que l’on ne sent même plus la pluie lorsque l’on court. Comme lorsque l’on s’envole légèrement pour sauter par-dessus un sac par terre quand on ne peut faire autrement, puis retomber et aussitôt reprendre sa course, comme si de rien n’était, les gens se tournent et l’on s’excuse joliment, presque tendrement.

Courir souvent, courir tout le temps... Courir dans un monde qui court, dans une ville qui court, parmi tous ces gens pressés. Courir, courir... courir vite, s’essouffler, puis accélérer encore, courir... Essayer de ne pas s’arrêter, regarde sa montre, tenir encore plus fermement son sac, aller encore plus vite. Courir dans les rues, dans les couloirs du métros... dévaler les escalators, risquer milles fois de tomber, s’excuser avec son plus beau sourire à chaque personne bousculer trop durement, mais toujours courir.

Depuis toute petite, j’ai toujours été habitué à courir partout, à courir ici. Je suis née avec le rythme parisien. Je connais sur le bout des doigts ces instants où l’on traverse tout un quai en courant pour rejoindre la sortie, ces moments où l’on patiente, que l’on ne tient plus en place devant ces grandes portes du métros, ces fragments de vie où l’on ne pense plus qu’à courir, où l’on ne pense plus qu’au temps, où l’on se dit que l’on aura jamais le temps, que l’on perd son temps, mais qu’il le faut, pour ne pas perdre sa vie. Mais pourtant courir quand même, poussés les gens, en doubler certains, se faire dépasser par d’autres... Sauter dans un wagon du métro au dernier moment, s’agripper à quelqu’un, à bout de souffle s’excuser, lui sourire, puis vite l’oublier. Avoir un court instant de répit puis à l’arrêt suivant repartir, recommencer.

Ici la vie à un parfum connu, une sensation de déjà vu, souvent il y a des moments où je me demande si je n’ai pas vécu certaines choses, certains courts voyages à courir ici et là... toujours les mêmes choses, les mêmes trajets que l’on empreintes, ces mêmes lignes, ces mêmes stations... On commence sérieusement à les connaître par cœur à force, alors on va plus vite, on perds moins de temps, on connaît même certains raccourcit, on s’est que si l’on prend l’escalier en courant au lieu de prendre cet escalator on ira plus vite. Alors on court, on court dans des lieus connus, on pousse des gens inconnus, on bouscule les touristes, parfois même on fait tomber les gens, on s’excuse pour recommencer un peu plus loin. On se croit un peu maître du monde, on est là, les gens nous regarde, ils sont soit perdus soit lassés du métro, et nous on connaît, donc on pousse. On connaît donc on se prend beaucoup de droit, parmi tous ces gens inconnus, tous ces lieux semblables, ces regards perdus, ces visages lassés ou surpris.

Puis soudain on s’arrête, on n’a plus envie de courir, courir pourquoi ? Courir pour qui ? Courir après quoi ? On essaye de prendre son temps, de ne plus passer à côté de tant de choses. On prend le temps de respirer, de vivre, on essaye de perdre cette attitude toujours pressée, ces habitudes impatientes et stressantes. On essaye de se redécouvrir autrement, mieux qu’avant, on se sent porte par le vent, par la vie, par les choses... On se sent autrement, plus vivant. On voudrait se laisser porter par la douceur des choses, balancer d’un rêve à l’autre tendrement, on se sent une autre.



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Pour la moitié d'une larme

Posté le 03.02.2008 par orange



Eléa l’a prise dans ses mains et a voulu la porter à ses lèvres. Mais comme l’eau, elle a coulé entre ses doigts. A chaque fois elle s’échappait comme l’eau, l’eau libre qui court dans les rivières et les fontaines. Comme une fontaine de sa vie, fontaine de nuit, qui, doucement, lentement, se remplit de petites perles de vie, chaque jour et pour toujours. Comme l’eau qui coule entre les doigts d’un enfant et qui le fait rire aux éclats. Et patiemment, il recommence à la prendre dans ses mains ; il voudrait la garder toute entière, la garder pour toujours.
Elle a voulu la porter à ses lèvres comme on voudrait s’approprier une chose merveilleuse, comme on voudrait garder pour soi, garder en soi, l’unique et le sublime. Elle l’a prise dans ses mains si délicatement, de sorte à ne pas la laisser filer, à ne pas la briser, pour ne rien en perdre, même une partie infime. Ses mains sont jointes, et doucement, lentement, elle les ramène à elle, à son visage, à ses lèvres. Son visage s’illumine, son regard devine le goût de cette larme, son visage s’éclaire, ses yeux s’enflamment de lumière. Eléa a voulu la goûter juste un peu, la goûter tout doucement, la goûter tout simplement. Elle aurait voulu en goûter juste...oui, juste la moitié. Elle ne peut résister, cette goutte d’eau, cette larme de sel, lui fait envie.

La larme glisse et file entre ses mains, glisse entre ses doigts. La larme résiste, comme une larme de pluie, une goutte de nuit, qui s’anime et qui prend vie. Cette goutte de vie s’envole et échappe aux douces mains d’Eléa. Elle tente alors de la rattraper et lance ses mains en l’air comme pour saisir un papillon, une libellule, pour saisir cette douce petite vie. Sa main se soulève légèrement dans les airs, au dessus de sa tête, s’élance et s’avance vers cette goutte d’eau. Son bras se tend, son corps s’étire, ses yeux s’embrasent et s’immobilisent sur cette larme, comme saisis de feu, de flammes.
Comme un doux ballet, ou un jeu de mouvements... comme une danse fragile et irréelle, ou jeu de séduction entre elles... mais la larme file une nouvelle fois entre ces doigts. Le désespoir autant que l’envie la saisit alors toute entière. La fine goutte d’eau danse légèrement aux dessus de sa tête, virevolte délicatement devant ses yeux plein d’envie et de lumière. Comme un flot, une rivière, Eléa a sentit, une vague de peine se glisser en elle. Elle regarde cette larme d’eau comme si elle la dévisageait, comme si ses yeux ne faisaient plus qu’un avec elle, comme si quelque chose de magique, d’envoûtant, de beau et de surnaturel, l’attirait vers cette larme. Elle regarde cette douce larme comme on regarde quelque chose d’unique et de grand, comme on se sent trop petit parfois face à la grandeur et à la splendeur des choses.
A la lueur de son regard on pourrait deviner l’importance de cette simple goutte d’eau, devenue si unique, fragile, et si belle. Eléa aurait voulu saisir cette larme de vie, et même lui donner un nom, puis l’aurait écrit partout, pour s’en imprégner à jamais. Comme elle aurait voulu lui dire, comme on le dirait à un être vivant, que jamais le soleil ne meurt et que ce matin encore un rayon inondé de rosée et de clarté lui a souri. Elle aurait voulu caresser doucement, presque timidement, cette goutte comme le fait le vent sur les vagues oubliées. Elle l’aurait prise toute entière dans sa main, aurait refermée sa douce main, pour les confondre à jamais. Elle aurait aimé que leurs vies rayonnent pour toujours, comme le chant d’un oiseau dans la profonde nuit. Elle aurait même dessiné l’éclat de cette larme de nuit sur un mur sans nom, comme elle aurait inventé l’ombre de cette larme émergeant de l’océan sans rivages. Eléa aurait aimé être cette larme d’eau, avoir sa magie et sa légèreté. La goutte d’eau danse au dessus de ses yeux, comme si elle narguait l’existence et la réalité du monde. La larme danse au dessus d’Eléa comme pour lui transmettre un message.
Puis la goutte d’eau s’arrête, comme si le monde entier s’arrêtait aussi. Eléa reste quelques instant figée sur place, surprise et impatiente. Elle se demande alors pourquoi la larme s’est arrêtée. Allait-elle repartir après avoir reprit son souffle ? Ou si la magie s’était alors arrêté ? Son visage se glace, ses yeux s’agrandissent, elle a peur. Alors doucement elle avance ses deux mains au dessus de sa tête comme pour saisir la goutte d’eau. Ses doigts la touchent, ses yeux rêvent et elle s’étouffe. Elle a du mal à croire qu’enfin elle peut attraper cette larme. Illusion ou réalité ?
Elle en doute, elle croit rêver. Quoi qu’il en soit elle veut s’accrocher à ce rêve, cette illusion, ce joli songe. Quoi qu’il en soit elle sent au fond d’elle, plus qu’une envie, une légère certitude ; elle y croit. Elle y croit vraiment, comme on croit en quelque chose d’insensé mais de grand, de beau, en quelque chose qui en déjà en nous. Elle y croit comme on croit en une chose qui nous touche, nous séduit et nous conquit. Comme une évidence, une certitude, qui sort soudain de sa cachette. Comme un doute ou un mystère qui subitement prend lumière. Comme un bouleversement des choses, un désordre spirituel, un bouleversement sensationnel. Comme une soudaine prise de conscience, un nouveau regard sur la vie. Elle y croit, veut y croire. Elle ne peut qu’y croire puisque cela se passe devant ces yeux, puisqu’elle touche ce rêve, cette larme, puisqu’elle sent cette présence.
Comme une chose invisible puisque partout, comme une chose trop présente pour qu’on puisse en distinguer le début, ou la fin. Oui, Elea y croit, puisqu’elle la voit.

Eléa a alors la sensation de mieux comprendre le monde, comme si cette larme de vie lui avait en quelque sorte ouvert les yeux. Comme si une lumière s’était alors allumé en elle, comme si cette flamme du savoir s’était illuminé en son âme. Une sensation de plénitude, comme si une force, un nouvel esprit avait alors jaillit en elle. Elle a la sensation, l’intime certitude, de connaître le secret du monde, de connaître le tout du monde, de connaître la plus petite goutte d’eau comme la plus haute des montagnes. Cette goutte de sel vient de lui donner la clef de l’existence, celle que tout homme ou femme cherche tout au long de sa vie, sans jamais la trouver.

Au contact de ses doigts, son corps frémit ; au toucher de cette larme, son corps sourit. Et timidement elle porte à nouveau cette eau à ces lèvres, mais cette fois, celle-ci ne lui échappe pas. Eléa en goûte alors la moitié, oui, juste la moitié. Son corps lui cède, elle tombe. Doucement sa vie la lâche et Eléa s’effondre. Elle vient heurter durement le sol. D’abord son dos, puis sa tête, et enfin ses jambes, viennent cogner le carrelage. Elle semble sans vie. Son visage est pâle, son corps est raide. Comme si en buvant cette larme de vie, celle-ci aurait avaler la sienne. La plus belle de toutes les morts, celle de la confiance et de l’envie. La plus douce de toutes les morts, celle de la connaissance. Comme une mort après une délivrance. Qu’y a t’il de plus beau que de mourir après avoir connue toute la vérité ? Après avoir compris le monde et l’existence. Mourir l’âme comblée, mourir emportée par une force surnaturel et secrète. Mourir avec le sourire, lorsque l’on a atteint le plus haut sommet de notre vie. Qu’y a-t-il de plus doux que de mourir en un éclair ? D’être frappé par la foudre du monde ? D’être emportée dans la lumière ?

Le reste de la larme d’eau se trouve à côté d’Eléa, à sa droite, sur le sol. Toutes deux reposent à terre, sans vie. Scène horrible mais pourtant si belle, Eléa semble si jolie endormie comme cela, le visage encore pétillant d’attente et d’envie. Scène unique parce que magique. Scène divine, presque idyllique.
Le silence a alors remplacer cette magie qui planait partout juste avant. Le silence fait peur, le silence rassure au même titre qu’il inquiète. Le silence règne maintenant sur ces deux êtres. Ce silence les couvre et les entoure, comme le gardien de ces deux êtres si beaux et si fragiles.
Pour la moitié d’une larme, cette jeune femme aura donné sa vie. Juste pour une toute petite larme, Eléa ne sourira plus jamais. Juste pour une larme, son rire ne résonnera plus, ses yeux ne rêveront plus, son cœur ne battra jamais plus pour personne. Juste pour une simple goutte d’eau, elle a tout gagner, puis tout perdue. Eléa a voulu atteindre cette larme de vie, mais cette larme de sel l’a trahie. Cette douce et tendre larme aura été la plus cruelle de toutes les armes. Cette si simple et jolie goutte d’eau aura été la plus tendre de toutes les meurtrière. Dans un monde où le paraître et l’envie priment sur l’être, Eléa s’est laissé emporté par la beauté des choses. Comme entraînée dans le plus joli des rêves sanglants, comme transporté dans le doux manège de la mort. Cette moitié de larme aura prit sa vie toute entière.

L’autre moitié de larme, celle qu’Eléa n’avait pas eu le temps de goûter, celle qu’elle n’avait pas porter à ces lèvres, celle qui n’avait pas atteint sa vie, se mit alors à trembler légèrement, comme si elle reprenait peu à peu vie. Elle se mit a se déplacer un peu, craintivement, presque au ralentit, comme pour passer inaperçue.
Puis cette larme s’envole légèrement, virevolte quelque peu au dessus du corps d’Eléa et vint se placer juste sur son cœur. Aussitôt Eléa eut un sursaut, comme une réaction au contact de cette autre moitié de larme, comme un sursaut de vie qui lui reste. Qu’allait-il se passer ? La goutte d’eau allait-elle terminer de la tuer, l’achevée en entière ? Ou bien allait-elle lui redonner sa vie ?

Eléa s’éveille, ses paupières battent légèrement, c’est alors qu’une larme a coulé de son œil, roulé sur son visage, descendue le long de son cou, descendue tout au long de son être. Cette larme de nouvelle vie a parcourue son corps endormit, elle descendait lentement, comme pour ne pas abîmer ce chef-d’œuvre, l’excellence de ce corps de femme. La larme descendait tendrement, elle frôlait sa peau, effleurait cet être. Cette larme toute entière glissait sur cette femme qui avait été choisit. Eléa était belle, mais pas d’une beauté commune, pas d’une beauté ordinaire. Eléa faisait partie de ces êtres qui ne peuvent disparaître des esprits des gens qui les rencontre, de ces êtres que l’on ne peut approcher sans vouloir s’en imprégner, de ces êtres pour qui l’on donnera son souffle, sa vie, de ces êtres a qui l’on donnerait la lune en échange du plus petit sourire. Eléa faisait partie de ces personnes que l’on ne peut abîmer, ni même blesser, de ces personnes que l’on voudrait préserver à jamais, et aimer pour toujours. Eléa comptait en elle toute la sensibilité du monde, toute la fragilité, la douceur ainsi que la beauté du monde, que même une larme ne peut atteindre. Juste une larme.

Eternelle vie ou mort

Posté le 03.02.2008 par orange

Il est vivant et je suis morte...

Il respire alors que j’etouffe. Il rit lorsque je pleure. Il regarde le monde tandis que je ferme les yeux. Il sourit pendant que je serre durement les dents, ou me mord les lèvres. Il chante alors que je crie et dans e lorsque je m’effondre.
Il vit et moi je meurs...

Des souvenirs me hantent, me rongent. Ces souvenir inondent chaque goutte de mon sang, chaque fragement de mon âme, chaque goutte de larme. Mon corps meurt et ma vie fond sous les flammes.

Ma vie s’est arrêtée soudainement, subitement. J’ai senti mon corps peu à peu s’effacer. Et mon esprit s’envoler, mes paroles cesser de résonner, mes souvenirs s’endormir, et pire encore, mon avenir me fuir.

Je me suis sentie transpercer, frapper par mes nombreux remords, oublier au fond de la Terre, perdue sur une route inconnue et à moitié tracée, perdue dans un monde sombre et flou.
Je ne sais plus qui je suis. Qui j’étais. Où je suis, et encore moins où je vais.

Je règne dans le plus profond de la Terre, mais dans le plus sombre de l’univers. Je suis au centre de l’enfer, entourée de feu, de flammes et de sang.
J’y sens mon corps prisonnier, enfermé, cloîtré. Mon âme est prisonnière de tous mes souvenirs lourds et amers. Ce monde est atroce, effrayant mais me paraît normal, evident, naturel et banal.

Une chose m’envahit, m’obsède, me tourmente et me hante et plonge jusqu’au plus profond de mon être. cette chose est la mort.

La vie est lente et la mort est rapide...

Pour mourir c’est simple. Si simple à en être effrayant. Il suffit de faire le vide, faire le vide en soi et se laisser partir. Fermer les yeux, doucement. Puis on pense rêver, voyager, mais soudain on la sent nous envahir. La mort arrive, elle nous traverse, tout le corps, tout d’un coup. Tendrement elle nous berce, jusqu’au moment ou elle transperce, envahit et nous plonge enfin dans le plus subtile des rêves. Son pouvoir est immense, on ne peut lui échapper, immobile on la voit qui s’avance, s’élance face à nous. On prend alors l’envie de la toucher, de s’en approche encore plus, toujours plus, plus longtemps... Puis soudain...C’est le trou noir, les yeux sont fermés. On est mort, plongé dans le repos éternel. Dieu peut alors choisir, l’enfer ou le paradis, la vie ou bien la mort éternelle.

Mais hier encore je pensais être en vie, hier encore je me sentais vivante, et portée par la vie comme le vent peut porter les nuages. Je croquais celle-ci comme l’on croque un fruit que l’on vient de ceuillir, juste avant qu’il vienne à mourir.

Je regardais, ce jour-là encore, comme à l’ordinaire, la vie avec des yeux fascinés. Je n’avais pas compris que sa mort avait en fait entraîné la mienne. Je pensais pouvoir tout oublier, tout effacer et tout recommencer. Je m’imaginais arriver à tout contrôler, commander... Mais je n’y parvins pas et n’y arriverai jamais.

Je croyais oublier tous les moments passés, les instants vécus, tous les jours ensoleillés et nos nuits parcourues. Je pensais oublier, d’un simple claquement de doigt, son regard, son sourire, sa force et sa joie. Je m’imaginais reine de mon destin et maître de mon présent, alors qu’en fait je ne suis rien, et ceci à chaque instant. Je ne suis qu’une ombre, un fantôme, une âme errante qui cherche sa tombe.

Des envies meurtières

Posté le 03.02.2008 par orange

Parfois, seulement parfois... Voilà pour vous rassurer.

J’ai des envies meurtrières, des envies de meurtres, comme des envies de sang, d’éclats de voix, d’éclats de vie.
Parfois je me surprends à me porter, dans des actes, des situations, de crimes. Et Parfois ces images me paraissent si nettes et précises qu’elles frôlent le réel, et moi-même je ne sais plus. Parfois j’en souris, et je poursuis mon chemin le sourire lèvres car mon esprit divague avant que mon âme le rappel à l’ordre. Seulement parfois aussi j’en pleure... j’en pleure car je ne contrôle rien... J’en pleure car face à ces fragments d’envies, je ne peux rien. Plus je les repousse et plus je les vis, plus je les efface et plus elles me suivent. Qui suis-je vraiment ?
Je n’y crois pas, je ne veux pas y croire. Tout va bien, sauf que tout va mal. Je ne suis pas celle qui parfois couvre ses yeux d’ombre, ni celle qui ne voit que du noir. Tout est simple, sauf que tout va mal. Je ne suis pas celle qui sombre dans le mal... Je ne sais plus qui je suis. Je ne suis pas, et ne veux pas être celle qui a ces envies déchirantes, ces envies meurtrières. Je ne veux pas obéir à ces envies, à ces images. Je n’y crois pas. Ces images d’illusions, elles ne m’appartiennent pas ; elles ne peuvent pas être moi. Elles sont autres, oui, elles sont celles d’une autre.

Seulement...
Je marche, j’entends le bruit de mes pas. Tac... tac... tac... tac... tac... J’entends ce bruit répétitif et inquiétant. Ce bruit d’ascension, de progression. Ce bruit banal et envoûtant... tac... tac...tac...tac... Comme une locomotive ou une machine que l’on ne peut arrêter, que l’on ne peut dévier, que l’on ne peut repousser, qui ne peut qu’avancer. Ce bruit de talon qui frappe le sol comme des lames qui filent et s’abattent sur les dalles ; comme des haches qui se heurtent à nos pieds, frôlant nos jambes dans l’espoir d’atteindre nos vies ; comme des marteaux qui se heurtent aux carrelages dans l’espoir d’un jour, y écraser nos visages.
Le bruit du destin... celui... celui de la mort qui arrive.

Parfois je vois la mort comme on peut voir le soleil. Parfois je la voudrais comme on voudrait la lune. Mais, mais... mais je la veux pour les autres.
Des envies de meurtres, des envies d’éclats de voix, d’éclats de sang, des envies de silence, de liberté totale et de pouvoir. J’ai des envies de peur, de mystère, d’éclats de verres, de larmes de sang, comme des envies de noir. Et toutes ces envies de crimes se nourrissent au fond de moi, prennent naissance dans mon cœur et se meurent au bout de mes doigts.

Il faut que je les garde, il faut que je les efface... Il faut les enfermer, les piéger, les garder en place, les garder en soi, les garder pour moi. Il faut que je les calme...Mais pourtant, pourtant, parfois je les veux vraiment. J’ai des envies de chocs, de vitres qui se brisent, des verres éparpillés, des envies de larmes, des envies d’actions. Parfois j’aime ces images irréelles, j’aime ces images
J’entends ce bruit répétitif, pénétrant et inquiétant... J’entends cet appel à l’acte, j’entends mon âme s’éveiller aux premières images meurtrières.

Un homme. Ce bruit de pas, bruit de progression de quelqu’un, comme une locomotive, une machine, que l’on ne peut arrêter. Il marche derrière moi, je le vois dans les quelques vitres que nous croisons. Il semble assez grand, un peu plus grand que moi. Il marche toujours derrière moi, au même rythme que moi, calme et tranquille. Cet homme Il marche comme un homme qui se promène dans un lieu banal, naturel et rassurant. Il a l’âme tranquille, le souffle calme, les yeux rêveurs, le cœur paisible... Il marche près de moi, je l’entends doucement respirer. Seulement il marche derrière moi, moi qui me sens inondé d’images atroces. Il est calme alors que moi je m’imagine lui prendre sa vie.

Doucement je m’imagine me retourner, et par surprise le saisir à la gorge, le faire basculer. Je me vois tomber avec lui, le suivre jusqu’au dernier instant de sa vie. Cet homme marche comme sur un fil, sur le fil de sa vie.

Qui suis-je vraiment ?

Si je le tue qui le saura ? Et si je fais un crime parfait ? Sans laisser de traces. Qui le saura ?
Juste lui et moi.
Mais le tuer comment ? Sans arme traîtres, sans autres armes que mes mains douces et caressantes, l’emporter comme dans un rêve, le couler sensuellement. Je veux que ce contact soit doux, qu’il meurt dans la splendeur. Je veux être la dernière image qu’il aura du monde, je veux être celle qui par la douceur lui prenne son corps et son âme. Tout va bien, sauf que tout va mal.

Oui je rêve trop, un peu trop. Qu’il a-t-il de mal à rêver ?

L’ascenseur arrive. J’attends patiemment que les lourdes portes s’ouvrent. J’entre. La porte se referme et j’appuie sur mon étage. Une femme se trouve au fond, contre la vitre. On monte, un peu, beaucoup, c’est long. Et je me dis que ça aurait été suffisamment long pour pouvoir la tuer. Tout va bien, sauf que rien ne va plus. J’essaye vite d’effacer cette idée de ma tête, je la freine, je l’empêche d’accéder ni à mes lèvres, ni à mes mains.


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