Posté le 03.02.2008 par orange
Tu sais on n’est pas si fort,
On est humain.
Tu sais que moi sans toi,
Je ne suis plus rien...
Et j’aimerai savoir,
Ce qu’il se passe,
Lorsque l’on est mort :
Si l’on rêve encore ?
Tu sais quand la lumière cesse,
On n’est plus rien.
Comme quand l’air s’arrête,
On touche la fin.
Tu sais si on se croit si fort,
C’est qu’on est humain.
Tu sais aussi que sans avenir,
On est plus rien.
Et j’aimerai savoir,
Ce qu’il se passe,
Si tout s’éteint,
Si tout s’efface ?
Tu sais lorsque l’on a tord,
On n’y peut rien.
Et que moi sans toi,
Je ne suis pas bien.
Tu sais quand tes mots s’arrêtent,
Je crois la fin.
Et si tes yeux me jettent,
Je crèverai les miens.
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Posté le 03.02.2008 par orange
L’ombre sait,
Elle sait quand je stresse,
Elle sait quand j’ai peur.
Elle sait mes faiblesses,
Elle sait mes douleurs.
Elle sait que j’ai peur du temps,
Que j’ai peur du vide.
Elle sait que bien trop souvent
Je pleure de l’acide.
Elle sait que je laisse le temps,
Souffler les heures,
Elle sait que je suis le vent,
Pour franchir son cœur.
Elle sait que les messes,
Me font tellement peur,
Et que si j’y reste,
C’est avec douleur.
Elle sait que pour elle je trouve
Toutes les couleurs,
Et que je tuerai la louve,
D’une flèche dans le cœur.
Elle sait que pour elle je cours
A cent mille à l’heure,
Elle sait que son souffle court,
Couvre mes douleurs.
Elle sait que je me blesse,
Elle sait ma douleur.
Elle sait mes promesses,
Et couvre mes erreurs.
Posté le 03.02.2008 par orange
Seul coquelicot au bord du chemin,
Il est là, seul, au milieu de l’herbe tendre,
Je l’ai cueilli et gardé dans mes mains,
Lui qui ne semblait qu’attendre.
Et plus loin dans un champ de blé,
Parmi d’autres coquelicots j’ai laissé le mien.
Gorgée de regrets mais déterminée,
A le laisser libre et serein.
Aucun ne s’est uni au mien,
Alors je le garde dans mes mains,
Je le garde et je le tiens.
Le coquelicot c’est moi,
Et le monde c’est vous,
Si je m’écarte, si je suis loin,
C’est que je vous trouve flou.
Posté le 03.02.2008 par orange
Elle est un mélange de flammes et d’eau,
Ou un message qui me vient d’en haut,
Elle est une mésange qui suit un cours d’eau,
Et mon image, le reflet de mes mots.
Elle est le sillage de mes rêves idéaux,
Une empreintes à l’image, du destin qu’il me faut,
Elle a le visage si doux et si beau,
Que j’envie le passage, de ses larmes et ses flots.
Et tracent le virage du sourire le plus beau,
Ce joli mirage si doux et si chaud,
Je la trouve si sage quand ses yeux restent clos,
Je contemple l’image de son corps au repos.
Elle est un présage, la sirène du bateau,
Qui guide mes virages, évite que je prenne l’eau,
Je voudrais être l’âge de son corps si beau,
Ou bien le pelage de ses lignes et ses mots.
Posté le 03.02.2008 par orange
Son ombre est dans ma tête,
Ses cheveux dans mon cou,
C’est pourquoi elle m’entête,
De son âme et de partout.
Son parfum est une fête.
Son regard, celui d’un loup.
C’est pourquoi dans sa tête,
Son reflet est partout.
La journée elle est parfaite,
Que le soir mon coeur en est fou,
Comme si elle avait la recette,
De la spendeur et c’est tout.
Sans elle tout s’arrête,
Sans elle tout est flou,
Pour elle je m’embête,
A écrire un poême fou.
Posté le 03.02.2008 par orange
Son ombre me frole
Je suis dans un nuage flou
Je ne sais quel est mon rôle
Ni à quel jeu je joue...
Pour moi tout est confus
Plus je m’avance dans ce nuage
Mais je cours après cette inconnue
Comme soudainement prise de rage
A chaque pas que je fais
Vers elle et contre tout
Je cherche ce qui est vrai
Même si ce désir est fou
Puis l’ombre diminue
Et je me lance dans cet univers
Je titube comme si j’avais bu
Mes jambes se croisent et je me retrouve à terre
Sa main vient me relever
Elle essaye de m’entrainer
Mais des bras me retiennent
Car ils savent que je veux m’évader.
Posté le 03.02.2008 par orange
Courir, il faut que je coure. Courir... lorsque le temps nous laisse seulement de tous petits instants pour le rattraper. Courir après le temps, comme courir après sa vie, courir tout le temps, et y laisser passer sa vie... Courir essouffler pour se rendre compte que cela est inutile, qu’on sera en retard quoi qu’il arrive. Comme lorsque l’on attend que la porte du métro s’ouvre pour sauter sur le quai alors que le métro en encore en marche. Comme lorsque l’on attend que la sonnerie retentisse pour aussitôt se précipiter dans les couloirs pour arriver à temps à son rendez-vous. Comme lorsque l’on est dans le train, que l’on le supplie pour qu’il aille plus vite, mais impuissant, on attend. Comme lorsque l’on court dans les rues de Paris, que l’on saute par-dessus les marches infinissables, que l’on traverse sans jamais vérifier avant, que l’on s’excuse à chaque passants poussés, que l’on ne sent même plus la pluie lorsque l’on court. Comme lorsque l’on s’envole légèrement pour sauter par-dessus un sac par terre quand on ne peut faire autrement, puis retomber et aussitôt reprendre sa course, comme si de rien n’était, les gens se tournent et l’on s’excuse joliment, presque tendrement.
Courir souvent, courir tout le temps... Courir dans un monde qui court, dans une ville qui court, parmi tous ces gens pressés. Courir, courir... courir vite, s’essouffler, puis accélérer encore, courir... Essayer de ne pas s’arrêter, regarde sa montre, tenir encore plus fermement son sac, aller encore plus vite. Courir dans les rues, dans les couloirs du métros... dévaler les escalators, risquer milles fois de tomber, s’excuser avec son plus beau sourire à chaque personne bousculer trop durement, mais toujours courir.
Depuis toute petite, j’ai toujours été habitué à courir partout, à courir ici. Je suis née avec le rythme parisien. Je connais sur le bout des doigts ces instants où l’on traverse tout un quai en courant pour rejoindre la sortie, ces moments où l’on patiente, que l’on ne tient plus en place devant ces grandes portes du métros, ces fragments de vie où l’on ne pense plus qu’à courir, où l’on ne pense plus qu’au temps, où l’on se dit que l’on aura jamais le temps, que l’on perd son temps, mais qu’il le faut, pour ne pas perdre sa vie. Mais pourtant courir quand même, poussés les gens, en doubler certains, se faire dépasser par d’autres... Sauter dans un wagon du métro au dernier moment, s’agripper à quelqu’un, à bout de souffle s’excuser, lui sourire, puis vite l’oublier. Avoir un court instant de répit puis à l’arrêt suivant repartir, recommencer.
Ici la vie à un parfum connu, une sensation de déjà vu, souvent il y a des moments où je me demande si je n’ai pas vécu certaines choses, certains courts voyages à courir ici et là... toujours les mêmes choses, les mêmes trajets que l’on empreintes, ces mêmes lignes, ces mêmes stations... On commence sérieusement à les connaître par cœur à force, alors on va plus vite, on perds moins de temps, on connaît même certains raccourcit, on s’est que si l’on prend l’escalier en courant au lieu de prendre cet escalator on ira plus vite. Alors on court, on court dans des lieus connus, on pousse des gens inconnus, on bouscule les touristes, parfois même on fait tomber les gens, on s’excuse pour recommencer un peu plus loin. On se croit un peu maître du monde, on est là, les gens nous regarde, ils sont soit perdus soit lassés du métro, et nous on connaît, donc on pousse. On connaît donc on se prend beaucoup de droit, parmi tous ces gens inconnus, tous ces lieux semblables, ces regards perdus, ces visages lassés ou surpris.
Puis soudain on s’arrête, on n’a plus envie de courir, courir pourquoi ? Courir pour qui ? Courir après quoi ? On essaye de prendre son temps, de ne plus passer à côté de tant de choses. On prend le temps de respirer, de vivre, on essaye de perdre cette attitude toujours pressée, ces habitudes impatientes et stressantes. On essaye de se redécouvrir autrement, mieux qu’avant, on se sent porte par le vent, par la vie, par les choses... On se sent autrement, plus vivant. On voudrait se laisser porter par la douceur des choses, balancer d’un rêve à l’autre tendrement, on se sent une autre.
Posté le 03.02.2008 par orange
Un soir, quelques larmes fines et limpides
Sur son visage ont tracé un sillon,
De tristesse ou d’émotion.
Et je regarde ces petites perles,
Perles d’eau ou perles de sel,
Rouler et s’accrocher à sa tendre peau nue,
Impuissante, j’en suis émue.
Et moi qui sans bruit la dévisage...
Elle me parle,
Oui, les larmes sont les paroles sourdes de nos âmes,
D’une telle force qu’elles ne peuvent s’imposer.
Elle me parle avec l’eau et le silence.
Ses larmes de nuit, ou larmes de pluie,
S’animent et prennent vie,
S’accrochent tant au visage,
Epousent parfaitement son image,
Puis se figent.
Immobiles, comme frappées pas l’orage,
Quelques secondes puis elles se brisent,
Et s’étalent dans un miroir d’eau à ses pieds.
Comme des petits galets bleus qui roulent,
Se heurtent et se dépassent pour plonger dans la mer.
Et moi qui sans un bruit la dévisage,
Cette jeune femme qui mouille son image.
Puis elle ferme les paupières,
Comme pour éteindre les lumières,
Sur cette rivière qui lui dévore le visage.
Et moi je reste muette et gorgée de tristesse,
Nos vies ne sont que des jeux de chance,
Qui se construisent sur nos enfances.
Posté le 03.02.2008 par orange
Eléa l’a prise dans ses mains et a voulu la porter à ses lèvres. Mais comme l’eau, elle a coulé entre ses doigts. A chaque fois elle s’échappait comme l’eau, l’eau libre qui court dans les rivières et les fontaines. Comme une fontaine de sa vie, fontaine de nuit, qui, doucement, lentement, se remplit de petites perles de vie, chaque jour et pour toujours. Comme l’eau qui coule entre les doigts d’un enfant et qui le fait rire aux éclats. Et patiemment, il recommence à la prendre dans ses mains ; il voudrait la garder toute entière, la garder pour toujours.
Elle a voulu la porter à ses lèvres comme on voudrait s’approprier une chose merveilleuse, comme on voudrait garder pour soi, garder en soi, l’unique et le sublime. Elle l’a prise dans ses mains si délicatement, de sorte à ne pas la laisser filer, à ne pas la briser, pour ne rien en perdre, même une partie infime. Ses mains sont jointes, et doucement, lentement, elle les ramène à elle, à son visage, à ses lèvres. Son visage s’illumine, son regard devine le goût de cette larme, son visage s’éclaire, ses yeux s’enflamment de lumière. Eléa a voulu la goûter juste un peu, la goûter tout doucement, la goûter tout simplement. Elle aurait voulu en goûter juste...oui, juste la moitié. Elle ne peut résister, cette goutte d’eau, cette larme de sel, lui fait envie.
La larme glisse et file entre ses mains, glisse entre ses doigts. La larme résiste, comme une larme de pluie, une goutte de nuit, qui s’anime et qui prend vie. Cette goutte de vie s’envole et échappe aux douces mains d’Eléa. Elle tente alors de la rattraper et lance ses mains en l’air comme pour saisir un papillon, une libellule, pour saisir cette douce petite vie. Sa main se soulève légèrement dans les airs, au dessus de sa tête, s’élance et s’avance vers cette goutte d’eau. Son bras se tend, son corps s’étire, ses yeux s’embrasent et s’immobilisent sur cette larme, comme saisis de feu, de flammes.
Comme un doux ballet, ou un jeu de mouvements... comme une danse fragile et irréelle, ou jeu de séduction entre elles... mais la larme file une nouvelle fois entre ces doigts. Le désespoir autant que l’envie la saisit alors toute entière. La fine goutte d’eau danse légèrement aux dessus de sa tête, virevolte délicatement devant ses yeux plein d’envie et de lumière. Comme un flot, une rivière, Eléa a sentit, une vague de peine se glisser en elle. Elle regarde cette larme d’eau comme si elle la dévisageait, comme si ses yeux ne faisaient plus qu’un avec elle, comme si quelque chose de magique, d’envoûtant, de beau et de surnaturel, l’attirait vers cette larme. Elle regarde cette douce larme comme on regarde quelque chose d’unique et de grand, comme on se sent trop petit parfois face à la grandeur et à la splendeur des choses.
A la lueur de son regard on pourrait deviner l’importance de cette simple goutte d’eau, devenue si unique, fragile, et si belle. Eléa aurait voulu saisir cette larme de vie, et même lui donner un nom, puis l’aurait écrit partout, pour s’en imprégner à jamais. Comme elle aurait voulu lui dire, comme on le dirait à un être vivant, que jamais le soleil ne meurt et que ce matin encore un rayon inondé de rosée et de clarté lui a souri. Elle aurait voulu caresser doucement, presque timidement, cette goutte comme le fait le vent sur les vagues oubliées. Elle l’aurait prise toute entière dans sa main, aurait refermée sa douce main, pour les confondre à jamais. Elle aurait aimé que leurs vies rayonnent pour toujours, comme le chant d’un oiseau dans la profonde nuit. Elle aurait même dessiné l’éclat de cette larme de nuit sur un mur sans nom, comme elle aurait inventé l’ombre de cette larme émergeant de l’océan sans rivages. Eléa aurait aimé être cette larme d’eau, avoir sa magie et sa légèreté. La goutte d’eau danse au dessus de ses yeux, comme si elle narguait l’existence et la réalité du monde. La larme danse au dessus d’Eléa comme pour lui transmettre un message.
Puis la goutte d’eau s’arrête, comme si le monde entier s’arrêtait aussi. Eléa reste quelques instant figée sur place, surprise et impatiente. Elle se demande alors pourquoi la larme s’est arrêtée. Allait-elle repartir après avoir reprit son souffle ? Ou si la magie s’était alors arrêté ? Son visage se glace, ses yeux s’agrandissent, elle a peur. Alors doucement elle avance ses deux mains au dessus de sa tête comme pour saisir la goutte d’eau. Ses doigts la touchent, ses yeux rêvent et elle s’étouffe. Elle a du mal à croire qu’enfin elle peut attraper cette larme. Illusion ou réalité ?
Elle en doute, elle croit rêver. Quoi qu’il en soit elle veut s’accrocher à ce rêve, cette illusion, ce joli songe. Quoi qu’il en soit elle sent au fond d’elle, plus qu’une envie, une légère certitude ; elle y croit. Elle y croit vraiment, comme on croit en quelque chose d’insensé mais de grand, de beau, en quelque chose qui en déjà en nous. Elle y croit comme on croit en une chose qui nous touche, nous séduit et nous conquit. Comme une évidence, une certitude, qui sort soudain de sa cachette. Comme un doute ou un mystère qui subitement prend lumière. Comme un bouleversement des choses, un désordre spirituel, un bouleversement sensationnel. Comme une soudaine prise de conscience, un nouveau regard sur la vie. Elle y croit, veut y croire. Elle ne peut qu’y croire puisque cela se passe devant ces yeux, puisqu’elle touche ce rêve, cette larme, puisqu’elle sent cette présence.
Comme une chose invisible puisque partout, comme une chose trop présente pour qu’on puisse en distinguer le début, ou la fin. Oui, Elea y croit, puisqu’elle la voit.
Eléa a alors la sensation de mieux comprendre le monde, comme si cette larme de vie lui avait en quelque sorte ouvert les yeux. Comme si une lumière s’était alors allumé en elle, comme si cette flamme du savoir s’était illuminé en son âme. Une sensation de plénitude, comme si une force, un nouvel esprit avait alors jaillit en elle. Elle a la sensation, l’intime certitude, de connaître le secret du monde, de connaître le tout du monde, de connaître la plus petite goutte d’eau comme la plus haute des montagnes. Cette goutte de sel vient de lui donner la clef de l’existence, celle que tout homme ou femme cherche tout au long de sa vie, sans jamais la trouver.
Au contact de ses doigts, son corps frémit ; au toucher de cette larme, son corps sourit. Et timidement elle porte à nouveau cette eau à ces lèvres, mais cette fois, celle-ci ne lui échappe pas. Eléa en goûte alors la moitié, oui, juste la moitié. Son corps lui cède, elle tombe. Doucement sa vie la lâche et Eléa s’effondre. Elle vient heurter durement le sol. D’abord son dos, puis sa tête, et enfin ses jambes, viennent cogner le carrelage. Elle semble sans vie. Son visage est pâle, son corps est raide. Comme si en buvant cette larme de vie, celle-ci aurait avaler la sienne. La plus belle de toutes les morts, celle de la confiance et de l’envie. La plus douce de toutes les morts, celle de la connaissance. Comme une mort après une délivrance. Qu’y a t’il de plus beau que de mourir après avoir connue toute la vérité ? Après avoir compris le monde et l’existence. Mourir l’âme comblée, mourir emportée par une force surnaturel et secrète. Mourir avec le sourire, lorsque l’on a atteint le plus haut sommet de notre vie. Qu’y a-t-il de plus doux que de mourir en un éclair ? D’être frappé par la foudre du monde ? D’être emportée dans la lumière ?
Le reste de la larme d’eau se trouve à côté d’Eléa, à sa droite, sur le sol. Toutes deux reposent à terre, sans vie. Scène horrible mais pourtant si belle, Eléa semble si jolie endormie comme cela, le visage encore pétillant d’attente et d’envie. Scène unique parce que magique. Scène divine, presque idyllique.
Le silence a alors remplacer cette magie qui planait partout juste avant. Le silence fait peur, le silence rassure au même titre qu’il inquiète. Le silence règne maintenant sur ces deux êtres. Ce silence les couvre et les entoure, comme le gardien de ces deux êtres si beaux et si fragiles.
Pour la moitié d’une larme, cette jeune femme aura donné sa vie. Juste pour une toute petite larme, Eléa ne sourira plus jamais. Juste pour une larme, son rire ne résonnera plus, ses yeux ne rêveront plus, son cœur ne battra jamais plus pour personne. Juste pour une simple goutte d’eau, elle a tout gagner, puis tout perdue. Eléa a voulu atteindre cette larme de vie, mais cette larme de sel l’a trahie. Cette douce et tendre larme aura été la plus cruelle de toutes les armes. Cette si simple et jolie goutte d’eau aura été la plus tendre de toutes les meurtrière. Dans un monde où le paraître et l’envie priment sur l’être, Eléa s’est laissé emporté par la beauté des choses. Comme entraînée dans le plus joli des rêves sanglants, comme transporté dans le doux manège de la mort. Cette moitié de larme aura prit sa vie toute entière.
L’autre moitié de larme, celle qu’Eléa n’avait pas eu le temps de goûter, celle qu’elle n’avait pas porter à ces lèvres, celle qui n’avait pas atteint sa vie, se mit alors à trembler légèrement, comme si elle reprenait peu à peu vie. Elle se mit a se déplacer un peu, craintivement, presque au ralentit, comme pour passer inaperçue.
Puis cette larme s’envole légèrement, virevolte quelque peu au dessus du corps d’Eléa et vint se placer juste sur son cœur. Aussitôt Eléa eut un sursaut, comme une réaction au contact de cette autre moitié de larme, comme un sursaut de vie qui lui reste. Qu’allait-il se passer ? La goutte d’eau allait-elle terminer de la tuer, l’achevée en entière ? Ou bien allait-elle lui redonner sa vie ?
Eléa s’éveille, ses paupières battent légèrement, c’est alors qu’une larme a coulé de son œil, roulé sur son visage, descendue le long de son cou, descendue tout au long de son être. Cette larme de nouvelle vie a parcourue son corps endormit, elle descendait lentement, comme pour ne pas abîmer ce chef-d’œuvre, l’excellence de ce corps de femme. La larme descendait tendrement, elle frôlait sa peau, effleurait cet être. Cette larme toute entière glissait sur cette femme qui avait été choisit. Eléa était belle, mais pas d’une beauté commune, pas d’une beauté ordinaire. Eléa faisait partie de ces êtres qui ne peuvent disparaître des esprits des gens qui les rencontre, de ces êtres que l’on ne peut approcher sans vouloir s’en imprégner, de ces êtres pour qui l’on donnera son souffle, sa vie, de ces êtres a qui l’on donnerait la lune en échange du plus petit sourire. Eléa faisait partie de ces personnes que l’on ne peut abîmer, ni même blesser, de ces personnes que l’on voudrait préserver à jamais, et aimer pour toujours. Eléa comptait en elle toute la sensibilité du monde, toute la fragilité, la douceur ainsi que la beauté du monde, que même une larme ne peut atteindre. Juste une larme.
Posté le 03.02.2008 par orange
Juste un moment...
Juste une lumière, un flash, un éclat, une voix. Juste un instant hors du temps, un instant hors de moi. Comme un fragment de vie, d’histoire, un tout petit morceau. Morceau d’une nouvelle vie. Il faut que je quitte ce train. Emportée à contre sens, ce réveiller d’un coup, s’éveiller soudain. Impuissante, perdue et apeurée, immobile, au centre de l’allée. Je sens mes jambes peu à peu me lâcher, je sens mon cœur accélérer, mes mains trembler, j’ai soudain chaud, très chaud, j’étouffe. Je regarde les fenêtres, je cherche de l’air, je vois les paysages défiler, filer, m’emporter... Qu’est ce que je fais là ?
S’éveiller et se trouver là, apparaître ici, ne rien comprendre, s’éveiller et ne pas s’y attendre. Comme apparaissant juste à l’instant je me sens perdue, émergeant d’un autre monde, comme jaillissant d’une autre vie, voyageant d’un monde à l’autre, d’un rêve à l’autre.
Mais mains se glacent, mon souffle se hache, mes yeux divaguent. Comme un léger voile flou qui se place devant mon visage, je ne distingue plus rien, plus personne, je suis là, debout et je m’effondre. Je me sens emportée à toute vitesse vers l’inconnu, je me sens emporter, pousser... comme prise par le courant, emportée par une vague lourde et puissante... Comme emportée, par la mer, balancée de gauche à droite, puis engloutie, jeté au centre de la mer... Impuissante, j’étouffe, je n’arrive plus à respirer, au bord du malaise, au bord des larmes, je résiste, je me tiens aux sièges à côté de moi, plus je serre mes doigts dans le tissu des sièges plus j’étouffe, moins j’ai de force. Au bord du malaise, à bout de souffle, au bord des larmes... Réfléchir, il faut pourtant que je réfléchisse... A chaque problème sa solution... A tous ? Réfléchir... je ne peux pas je n’y arrive pas. Réfléchir, faire abstraction de mon angoisse, abstraction de cette panique qui m’a maintenant saisit toute entière, abstraction de l’urgence. Ne plus regarder ses fenêtres, ses paysages qui galopent devant mes yeux... ne plus rien regarder, oublier où je suis, oublier que c’est moi, réfléchir en posant le problème à la troisième personne : « Si quelqu’un se trouve dans un mauvais train et que personne ne sait qu’il es là, parce qu’il n’est pas censé être là... alors... qu’est ce qu’il doit faire ? Sauter du train ? S’asseoir sagement et attendre d’être arriver à des centaines de kilomètre d’où il devrait être ? Où se tenir au milieu de l’allée et tomber dans les pommes ? »
« Réfléchir, réfléchir, réfléchir... » Plus je me répète ce mot et plus je n’arrive à rien. « Réfléchir, réfléchir... » Je n’y arrive pas ! Des larmes coulent sur mon visage, j’ai soudain chaud puis très froid. Je ne peux rien faire, je suis perdue... Ces larmes filent, coulent et glissent sur moi, ces larmes emportent avec elles le peu de force et de courage qui me restaient. Je n’ai même plus la force de les essuyer, je n’ai plus la force de rien. « Réfléchir... il faut réfléchir... » Plus je me répète ce mot et moins il n’a de sens. « Réfléchir, réfléchir... » Au bout d’un moment il ne veut même plus rien dire pour moi. Un moment d’absence, moment où je ne sais réellement plus qui je suis, où je suis. Moment d’absence où plus rien n’a de signification pour moi. Moment où mon esprit s’était alors séparer de mon corps.
Un flash, un éclat ou une voix me ramène au train, je redescends de ses quelques secondes de paix. Me revoilà ici, figée au centre de ce wagon, spectatrice de ce qui m’arrive. « Réfléchir, réfléchir... tenir...pleurer, ne plus pleurer... Réfléchir, réfléchir encore... » Je mélange tout, je n’arrive plus à rien, mes idées se mélangent, je ne me sens pas bien. Mon sac tombe à terre, je me penche pour le reprendre, mais je ne vois rien, c’est trop flou. Je ne pourrais même pas dire de quel côté il est tombé.
Un homme se lève, s’avance, s’approche. Cet homme se penche, semble saisir mon sac, le mettre à son épaule, puis me saisir par la taille, au contact de ses mains je m’évanouie.
Je m’éveille quelques temps après allongée entre deux compartiments, j’ouvre lentement et difficilement les yeux et je me vois entourée de plusieurs personnes, la peur submerge mon esprit mes yeux repartent dans le vague. Des voix, des ombres mêlées de clartés. Ces flashs et ces lumières me ramènent à moi. On me tend de l’eau, on me parle beaucoup. Je reconnais l’homme qui s’était approché de moi, juste à côté de lui une femme me pose des questions, je lui réponds doucement. Comme si ma chute avait emportée ma voix, comme si ma voix était restée en sommeil. Soudain tout me reviens, je me revois dans ce train, je me redresse et leur dit : « Il faut que je quitte ce train... »
Juste une lumière, un flash, un éclat, une voix. Juste un instant hors du temps, un instant hors de moi, un moment hors de tout. Comme un fragment de vie, d’histoire, un tout petit moment. Emportée à contre sens, transportée dans tous les sens. Ce réveiller brutalement, s’éveiller subitement, puis s’effacer, tomber dans la nuit, s’effacer, se laisser emportée dans un souffle. Histoire d’un voyage, au bord de l’enfer, à bout de force, au bord de mon corps, à bout de souffle. Juste un voyage, une peur, un sang qui se glace, un train qui file, une fille qui tombe, des paysages qui défilent, un train qui accélère, et son cœur qui ralentit. Juste une lumière, une prise de conscience, juste un moment d’absence qui se transforme en urgence. Ce n’est que lorsque l’aurore évince la nuit que l’on regrette la paix du soir. Ou lorsque la lumière s’éteint que l’on comprend qu’elle était vitale ; lorsqu’il n’y a plus de fleur que l’on se souvient de leur parfum, lorsque que la porte se referme, que le train démarre que l’on réalise soudain qu’il nous faut descendre.